Mon (long) compte-rendu de ParisWeb 2017
(un exercice nouveau pour moi, pardon aux familles, tout ça.)

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Cette année, ParisWeb a démarré pour moi avec un train loupé. C’était la première fois que ça m’arrivait, ça fait bizarre. Et ça énerve pas mal. Voilà, c’était l’instant story-telling, passons à la suite.

ParisWeb 2017 était la sixième édition à laquelle je participais. J’ai connu ce cycle de conférences en 2010 en regardant le streaming, puis j’y ai assisté tous les ans (en compagnie de Chloé Beghin) sauf en 2014, à cause d’un petit passage à vide vis-à-vis de la communauté. J’y reviendrai. Enfin, peut-être, parce que je ne fais pas de plan préalable à ce compte-rendu. La preuve, je refais du story-telling finalement.

Je ne vais pas rentrer dans les détails du contenu, mais je vais faire part de mon ressenti général et de mes impressions sur les conférences qui m’ont le plus intéressé (oui, y en a un paquet…). C’est un peu long (et chiant), alors vous pouvez sauter à la conclusion si vous voulez.

Les retrouvailles

Avant même les conférences, le petit-déjeuner est important. Au delà du bullshit réseautage, c’est un moment de retrouvailles avec des collègues « virtuels » qu’on ne voit que peu en vrai. Collègues, voire cop·ain·ines, car depuis toutes ces années, et malgré mes faibles dispositions au communautarisme, des liens finissent par se tisser. J’y reviendrai aussi.

On récupère son badge, son sac de goodies, et on constate avec satisfaction que son contenu est moins chargé en bidules de plastique fabriqués en Asie qu’il y a quelques années. Des stickers à coller sur l’ordi pour impressionner les collègues, c’est tout ce qui nous intéresse finalement. L’effort suivant à faire dans ce domaine sera l’abandon du tote-bag fabriqué en Inde, ainsi que du tour de cou. Je veux bien ramener les miens qui traînent dans un tiroir pour les rares qui n’en seraient pas encore équipé·es. Une petite case à cocher « j’ai déjà un tour de cou », « je viens déjà avec un sac » lors de l’inscription pourrait être une idée à creuser. Ça tombe bien, quelqu’un a essayé de me recruter dans le staff pour l’année prochaine, alors si j’en suis je vais pouvoir bien faire chier tout le monde avec ça.

Ah, TRÈS important, j’ai serré la main de Laurent Chemla à son arrivée en lui disant que j’étais fan. Il a juste grogné en retour, mais c’était un grand moment qui restera à tout jamais gravé dans ma mémoire malgré tout.

Les conférences

Le secret de la correspondance numérique

Le premier jour a été vraiment riche en découvertes, j’ai bien choisi mes conférences de ce jour-là. Déjà, celle de Laurent Chemla qui m’a permis de manger un de ses célèbres macarons. Après ça, j’ai pu rentrer à la maison, j’étais content. Nan j’déconne. La protection de la vie privée dans nos domaines web m’intéresse beaucoup, ça fait un moment que j’attends une explication claire sur les outils que Caliopen mettra à notre portée (et quand). Bon, je n’ai eu aucune explication claire sur les outils que Caliopen mettra à notre portée (ni quand), mais la rétrospective sur la notion de correspondance privée était riche en enseignements et en recul.

Je prends en main ma vie numérique… et c’est pas si facile !

La conférence de Delphine Malassingne allait également dans le sens d’une reprise en main de nos vies numériques, on peut donc dire que la matinée se déroulait bien. En plus, Delphine est une personne dotée d’une aura de bienveillance et d’indulgence hors du commun, c’est donc toujours bénéfique pour mon caractère de cochon impulsif et intransigeant d’apprendre de gens comme elle. Ça assagit.

L’accessibilité numérique à l’ère de l’intelligence artificielle

Revoir Denis Boudreau sur scène a été un grand moment. Accompagné par Élie Sloïm, c’était une magistrale leçon de transmission des savoirs. Ces gars-là ne savent pas seulement de quoi ils parlent, ils savent comment en parler pour que chaque mot s’inscrive dans notre esprit. Ils se complètent, ils se partagent la communication avec aisance et sans jamais se marcher sur les pieds, c’est impressionnant. C’est pendant leur conférence que mon cerveau a commencé à être turlupiné par une interrogation qui n’allait pas me quitter durant cette édition de ParisWeb : la place des GAFAM dans l’avenir de l’accessibilité numérique. Et, plus largement, dans l’avenir du web.

Recreating the ZX Spectrum loader with Web APIs

Remy Sharp nous a parlé de trucs qui font krrzchhrrziichrz en chargeant du contenu, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, mais j’aime le bidouillage low-tech sur nos outils alors j’étais content. Et puis c’est un ZX Spectrum qu’on entend dans Let Down de Radiohead, la meilleure chanson jamais enregistrée.

Crounch

À midi, on a mangé. C’était pas terrible, mais quand on sait les difficultés qu’a connu l’asso ParisWeb cette année pour joindre les deux bouts, je ne vais pas me plaindre. Je viendrais quand bien même il faudrait que j’amène mon tupperware.

HTML re-invented for the age of web apps

Je ne sais pas encore trop quoi penser de ce que nous a présenté Lea Verou. Mavo me semble juste être l’initiative de faire rentrer l’algorithmique de Javascript dans le déclaratif de HTML, avec ce que cela implique en compromis entre lourdeur et inexhaustivité. Mais je vais tester, ça m’a rendu curieux.

Lecteurs d’écran : le choc des titans

Sylvie Duchateau a fait grossir l’interrogation initiée par Denis Boudreau et Élie Sloïm, lorsqu’elle a expliqué à quel point Google Docs était au point question accessibilité, contrairement à de nombreux outils. Je reste aussi toujours très impressionné par sa maîtrise des outils alternatifs d’accès au web, et lorsque je la vois être déroutée même quelques secondes lors d’une fausse manip, j’ai des sueurs froides en me demandant « merde, sur mon site, est-ce que j’ai bien fait ceci ou cela pour éviter les pièges tendus aux lecteurs d’écran ». Le genre de moment que nous devrions tous revivre régulièrement pour améliorer nos pratiques professionnelles.

The State of WebFonts

Je ne connaissais pas Chris Lilley, quand j’ai su qui il était j’ai fait « ah ouais, putain ». J’aime beaucoup la typographie, je suis impatient d’utiliser tout ce qu’il nous a présenté.

Projet perso nº 42 : une aventure ultrasonique

Alors, je vous prie de tous vous lever pour Hubert Sablonnière.
Voilà, je vous remercie.
J’avais vu sa conférence sur les progressive web apps l’année dernière (j’avais même regardé le streaming lorsqu’il l’avait refaite à Bordeaux I/O), et j’avais découvert un excellent orateur, sur un sujet qui m’intéressait déjà pas mal. Cette année, j’ai pris une grosse claque. Il est toujours aussi bon orateur, mais en plus j’ai adoré son sujet. Bidouiller dans les couches basses de nos outils web les plus récents (WebRTC, Web Audio…) m’intéresse infiniment plus qu’utiliser une bibliothèque Javascript toute faite, c’est le meilleur moyen d’apprendre des choses en gardant à l’esprit pourquoi on les fait de telle ou telle manière. C’est totalement inefficace en termes de temps, mais ça nous rend plus intelligents. Ce qui tombe plutôt bien, puisque nos sociétés sont débilisées par la recherche de la performance. Hubert, président.

L’apéritif communautaire

L’apéro, c’était nul, y avait pas ffoodd alors qu’il avait dit qu’il viendrait.
Nan je rigole, c’était vachement bien et il avait qu’à venir, c’est bien fait pour lui. J’ai rencontré plein de gens en vrai que je croyais qu’ils existaient que sur IRC !

Je fais, au passage, une digression pour remercier Stéphane : c’est lui qui m’a sorti du caniveau Twitter quand il a senti qu’il en était grand temps pour ma santé mentale, et qui m’a présenté sur IRC à une bande de joyeux lurons prêts à s’entre-aider (et surtout à s’entre-m’aider avec mes questions de noob).
C’est là aussi que je reviens sur la question de mon passage à vide vis-à-vis de la communauté web. Il y a eu un petit tweet-clash cette année à propos de l’entre-soi que serait ParisWeb (je passe sur les autres critiques débiles émises par cette personne). Je dois avouer que c’est une impression que j’ai eue à une époque. C’est difficile de s’incruster dans les conversations sans avoir l’impression d’être un intrus. Il faut avoir été présenté, il faut atteindre une masse critique de gens déjà intégrés qui ont parlé avec vous. Certain·e·s sont doué·e·s pour se faire une place, d’autres non, et ça peut être assez douloureux. Je remercie donc celle·ux qui m’ont aidés à me faire cette place, et appelle de mes vœux que les plus timides soient intégré·e·s comme je l’ai été récemment. Franck Paul a d'ailleurs suggéré ce qui me semble être une bonne idée récemment à ce propos.

Sinon, ben on a dit des bêtises et on a bu de l’alcool.

Le dodo

La nuit, j’ai super mal dormi. Toutes les nuits en fait. C’est quoi ces gens qui gueulent quand ils éternuent dans des hôtels aux murs de papier, merde. Et le métro là, il pourrait pas passer sur la pointe des pneus ? Putain.

Cannes Les conférences, deuxième jour

La deuxième journée m’a paru moins intense, mais quand on a dormi huit heures en deux nuits ça fait souvent cet effet.

L’épopée d’une couleur

En assistant à la conférence de Maryla U., je pensais enfin comprendre pourquoi mon colorimètre m’indique des valeurs héxa différentes quand je fais un visuel sur Illustrator, puis que je l’ouvre dans Aperçu, puis que je le consulte avec Firefox. En fait j’ai compris que c’était normal que je ne comprenne rien parce que c’est le bazar, et je n’ai toujours pas compris comment faire mais du coup j’ai moins honte. J’ai beaucoup aimé l’aspect scientifique de cette conférence, le spectre électromagnétique et la perception sensorielle étant des sujets qui me passionnent.

Dyslexie, des solutions numériques pour rendre le web plus lisible !

Nathalie Pican et Séverine Malin m’ont aussi bien claqué l’égo en parlant d’un sujet que je pensais connaître un peu, mais apparemment pas assez. Grosse prise de conscience sur ma tendance à être un grammar-nazi. On ne sait pas quelles difficultés rencontrent les gens qui ont écrit cette phrase dont l’orthographe nous arrache les yeux, alors calmons-nous sur le snobisme. (Évidemment, n’en avoir juste rien à battre de l’orthographe n’est pas une excuse valable.) L’envie de créer un pack de thèmes Sublime Text accessibles (polices, masques, interlignes…) a aussi germé dans mon esprit lors de cette conférence.

Design et accessibilité, frères d’arme ou ennemis ?

Julien Dubedout et Aurélien Lévy nous ont bien fait rire, tout en nous rappelant l’importance du contexte et du pragmatisme dans l’articulation design-accessibilité. Même si j’ai beaucoup de mal avec le principe de compromis quand il s’agit de handicap.

Let’s Work Together!

Alors, Brad Frost, je l’attendais avec impatience. Mais j’ai été un peu déçu parce que je suis seul à travailler sur le web dans mon « équipe », donc les outils et méthodes présentés ne me seraient que de peu d’utilité. Heureusement, j’ai récupéré des stickers à la fin alors je ne suis pas venu pour rien.

Designing the Conversation

Je suis profondément désolé de devoir dire que la conférence d’Aaron Gustafson m’a ennuyé jusqu’à en être soporifique. Alors certes, la fatigue commençait à bien se faire sentir, c’était l’heure de la sieste, mais j’avoue qu’un cours sur les bases sémantiques du HTML dans un cycle de conférences comme ParisWeb m’a paru quelque peu incongru. Du moins, c’est la réaction que j’ai eue sur le coup. Je vais y revenir.

Guide de survie front-end en environnement .NET

M’extirpant laborieusement de mon fauteuil dans le but de ramper vers l’autre amphi, j’ai dû louper un truc parce que je n’ai rien compris aux changements de programme. Mais bon. J’ai vu Luc Poupard nous faire la démonstration de son inébranlable force morale en nous racontant ses déboires avec .NET. J’ai hésité à lui demander pourquoi il ne changeait pas de boulot, mais finalement le monde a besoin de héros qui réussissent à faire du web de qualité dans des boîtes qui utilisent .NET. Alors chapeau.

Quel sera le web de demain ?

Valérie Galassi nous a présenté ses questionnements sur l’avenir du web à l’heure où une génération de codeurs sort d’écoles privées où ils ont appris à taper npm install bidule, dans une mini-conférence de quinze minutes alors que le sujet aurait dû être débattu durant l’intégralité de ces trois jours.

Les ateliers

Le web à la poursuite des applications natives avec les Progressive Web Apps

Grmph. Hôtel de merde.
Bon, les progressives web apps, ça m’intéresse bien, alors on boit un demi-litre de café Starbucks, on en reprend deux gobelets en arrivant, et on se motive. Git, npm, ok j’ai ça dans ma besace. On clone, on lance le serveur, on regarde un peu, oulah ça m’a l’air bien compliqué, j’avais pas eu cette impression quand je m’étais penché sur le sujet il y a déjà quelques mois.
« Les slides sont sur Google machin » Ben tiens. Grmbl.
« On ouvre les dev tools de Chrome » Et si on est sur Firefox connard ? 😠 Hrmf, j’aurais pas dû prendre autant de café.
Allez, calmons-nous. Inspecteur de code.
C’EST QUOI CETTE SOUPE DE DIVS PUTAIN ?
C’est là que j’ai commencé à râler sur Mastodon à grand renfort d’émojis dédiés à la communication, euh, digitale.
Déjà la pause ? Ah, on a dû taper environ 40 lignes de JS. En fait l’impression que j’avais eue que ce n’était pas si compliqué était la bonne, c’est juste que les petits jeunes, là, on leur a appris à dézinguer des mouches avec des lance-roquettes (souvent made in GAFAM en outre). Donc ça npm install, ça builde etc., là où j’ouvre trois fichiers dans un éditeur de texte, et où je garde le contrôle du code qui va atterrir sur le poste de l’utilisateur.
Du coup je me suis cassé à la pause (et j’ai pas repris de café). Comprenez-moi bien, l’atelier était super bien organisé, ils avaient vraiment bien bossé pour que tout le monde suive et qu’on puisse récupérer le projet dans chacune de ses étapes. Mais quand je m’endormais à la conférence de Gustafson qui nous expliquait que le HTML est sémantique, où étaient-ils les animateurs de cet atelier ? C’est donc ça l’avenir du web ? Est-ce la réponse à la question posée par Valérie Galassi ? Des experts de la sémantique d’un côté, des développeurs ultra efficaces de l’autre, mais aucune entente entre les deux ?

Crounch

Le midi, Chloé et moi posons la question de la place des GAFAM dans l’accessibilité à Denis Boudreau. S’ensuivit une longue et riche conversation, à laquelle s’est joint Stéphane Deschamps, autour du lâcher prise sur l’enfermement dans les silos.

Atelier hygiène numérique

On rentre dans le concret avec l’atelier de Delphine, faisant suite à sa conférence. Malheureusement, bien trop peu de temps pour faire le tour de tout ce qui intéresse les participants. Beaucoup de pistes cependant, qu’il faudra creuser soi-même. L’expertise de Mathias Dugué et Aeris était la bienvenue.

CSP : C’est Super Palpitant

Dernier atelier, je branche le sonar pour trouver la salle, j’arrive trop tard pour le chocolat, je zappe les premières infos, donc je suis largué sur la suite. Et je suis très, TRÈS, fatigué. Je garde les slides de Nicolas Hoffmann dans un coin, je sais que je ne vais pas tarder à m’en servir. En plus il va nous reparler de tout ça lors de l’Opquast day.

À l’année prochaine…

Nous sommes très touchés Chloé et moi d’être entraînés dans le petit pot de fin au troquet du coin. C’est la première année que nous nous sentons aussi entourés, et par des gens exceptionnels et adorables en plus.

Conclusion

La baseline de l’une des éditions passées de ParisWeb était « keep it simple and smart ». Je ne peux m’empêcher de constater que nos métiers se sont bien éloignés de ce vœux pieu. Je peux comprendre les impératifs d’industrialisation dans certains cas (comme envoyer des sondes robotisées alimentées à l’énergie nucléaire au fin fond du Système solaire), mais lorsqu’il s’agit de créer des interfaces, des services et des contenus web, je crois que la course à la performance actuelle se fait au bénéfices de nos petits outils de workflow mais au détriment du produit fini que nous livrons, qui n’est, rappelons-le, qu’un site web, pas un lanceur spatial.

La qualité, l’accessibilité, n’ont fait que peu de progrès, et les derniers frameworks Javascript à la mode me semblent en totale régression sur ces points. Le « pragmatisme » (comprendre « le pognon tout de suite ») est élevé au rang de loi universelle. Dans cette fuite en avant, je commence également à voir l’abandon aux GAFAM de notre mission commune de construire un web universel. Oui, l’accessibilité dans Google Docs ça marche tout de suite, ce n’est pas encore le cas dans Framapad. Mais quelle est notre vision du web à long-terme ? Que fera Google une fois qu’il sera seul à proposer des contenus accessibles ? Voulons-nous vraiment laisser les personnes les plus vulnérables s’enfermer dans un tel écosystème ?

À ParisWeb, cette année, il y a eu des voix pour promouvoir l’accessibilité et des voix pour promouvoir la reprise en main de nos vies numériques, des voix pour promouvoir la sémantique et des voix pour promouvoir le code qui roxxe du poney de la licorne. Et si on travaillait à tout ça ensemble, plutôt que chacun dans notre spécialité ?